Comme chaque année …

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Et s’il fallait tout recommencer, tout réapprendre ? A commencer par respirer sans suffoquer. A ne plus avoir les yeux qui brûlent d’avoir pleuré. Ne plus avoir cette pression sur la poitrine qui étouffe. Je vis la même chose que l’an dernier, et que l’année d’avant. Physiquement et psychologiquement mon corps est un traitre. Il se souvient de la souffrance, de la douleur de l’instant, de la perte , de cet avenir effacé …

Le corps a une mémoire exclusive.

Il se souvient de l’odeur de cette salle de maternité, de la lumière de ce jour de juillet, des sons et du silence. Il se souvient de tout, surtout de la puissance du choc face à l’annonce, de la douleur atroce qui m’a foudroyé.

C’est un traitre, car, il a oublié tout le chemin parcouru jusqu’ici.

Trois ans c’était hier ! trois ans, c’est à l’instant …

Un pas après l’autre, j’ai gravi la montagne Douleur, j’ai affronté l’Everest du manque, et l’Anapurna des jours qui passent sans lui. Trois ans, qui disparaissent d’un claquement de doigts, pour ne laisser qu’un tsunami de larmes, une infinie peine.

Je suis dans une boucle fermée, de ces trois jours, du 24 au 26 Juillet 2018, comme si c’était aujourd’hui . Avec pour impression que le 27, je devrais parcourir une nouvelle fois tout ce chemin, jour après jours, pour remonter jusqu’au niveau » vivre » .

Un pas après l’autre, sur un chemin de douleur, les pieds nus sur la braise.

J’ai perdu mon fils et son avenir, pour gagner un passé tabassé par le deuil et les violences obstétricales.

Il y a une vie perdue à jamais, une autre que je ne retrouve plus, et qui disparaît chaque année, à l’approche de cette date douloureuse. Celle, où son coeur s’est arrêté de battre, bercé par le mien. Et comme chaque année, le corps se souvient, et me le fait payer, par cette vague de fatigue qui m’engloutie, et par des douleurs physiques qui me tétanisent.

Le corps n’oublie rien. Il a la mémoire des cellules, de celles qui ont été chargées de nos échanges maternels, d’ocytocine et autres hormones du bonheur. Il n’oublie rien de ces mois passés à deux, et de ce gouffre qu’il a laissé.

Mon deuil périnatal, c’est ça ! Trois petits jours, où j’arrête de respirer. Et le reste de l’année, suspendue aux secondes qui s’écoulent au rythme de mon coeur de maman endeuillée…

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