24-26 : entre deux eaux depuis cinq ans

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Depuis cinq ans, il manque des dates sur mon calendrier. J’en suis dépossédée . Je suis comme en apesanteur entre trois jours . Ces jours sautent, n’existent plus, je suis dans une bulle. Celle où j’ai vécu le plus grand drame de ma vie, celui où mon Augustin a rejoint les étoiles. Ces jours qui n’ont aucun sens . Mon corps n’oublie rien. Mon coeur se souvient …

24 – juillet 2018

J’arrive à la maternité. J’ai des contractions comme pour Apolline. Ma valise est terminée. Je suis une maman heureuse. Je vais rencontrer mon miracle, celui de ce test le 24 décembre dernier. Mon cadeau de NOËL.

La sage femme est blanche. Elle sort. Elle revient avec une médecin. Celle que j’occulte. Celle que je méprise. Celle qui … Pas de bruit. Pas de coeur qui bat. Je l’ai pourtant entendu dimanche soir avec mon doppler . Le tsunami m’emporte.

Je pleure, je hurle, j’ai mal, je sombre. Je me raccroche aux rayons du soleil. J’entends des bébés. Je vois le visage des mamans dans le couloir. Celles qui ont un gros ventre heureux, le mien est silencieux.

Je suis en chambre, on m’explique le déclenchement encore une fois. Je le refuse. J’ai peur. Je n’en veux pas.Je veux une césarienne.

« C’est comme cela, ce n’est pas autrement ».

Je suis dépossédée de mon corps. Ils vont me « débarrasser » de son petit corps que je veux garder en moi jusqu’à la fin de mes jours. Il est au chaud. Je le protège .

Je ne suis pas seule. Il est là, aussi meurtris que moi. Il ne sort que pour fumer. Il a repris ce jour-là.

La nuit tombe, le soleil s’en va, la boite de Pandore s’ouvre pour la première fois avec sa question :

POURQUOI

25- juillet

Le soleil se lève. La boite de Pandore se referme. Un bébé se dessine dans un nuage. C’est lui. Il me dit qu’il est là. Je sais qu’il est là, j’ai cru le voir la veille quand il s’est couché. Je le vois, ce matin à mon réveil dans les rayons du soleil. Ce sera mon Sunshine dans mon coeur, mon étoile les nuits sombres.

C’est le défilé. On se croirait presque le 14 juillet. Ils viennent soit pour l’organisation de l’après. Cet après odieux. Celui dont je ne veux pas.

Ils viennent soit m’expliquer encore et encore pourquoi, ce sera une voie-basse. J’ai peur. Je le hurle, je le dis, je m’exprime. Personne ne m’écoute. Personne ne m’entend. Je n’existe pas. Il n’existe plus . Soit pour faire les choix comme la couleur si on veut l’incinérer avec les « autres » et le jeter sur le carré réservé à tous les parents endeuillés. C’est gratuit. C’est mieux. Mais qui sont ces autres? Je ne veux. Il sera incinéré dans un beau cercueil blanc et tous les mots d’amour que son père et moi avons.

La psychologue passe. Je pleure. Je veux une césarienne. Elle écoute. Elle a ce regard dans les yeux de détachement complet. Je ne suis que la patiente X. L’assistante sociale passe pour récupérer sa liasse de papier, celle de nos choix pour notre enfant. Il est toujours là, mais il n’existera nul part.

Mes futurs bourreaux passent encore et encore. Je veux être seule. Je veux retourner à dimanche, quand son petit coeur battait à l’unisson du mien. Quand il répondait par ses petits coups de pied, et non plus par les chocs de son petit corps balloté par des contractions qui ne me lâchent plus.

La nuit tombe. La boite s’ouvre à nouveau. Plus d’étoiles dans le ciel mais tu brilles. Bordeaux éteint tout. Pellegrin détruit tout. Demain est un autre jour.

26 – dernier jour de nous.

Tu seras un 26 pour l’éternité. Un 26 comme moi et j’aurai 40 ans pour le restant de ma vie. Le matin, une main dans le ciel se dessine. Une main potelée. Je pleurs. J’ai peur. « Je vais t’aider à venir au monde. »

Je descends en salle de naissance. « Naissance », quand je dois donner la mort. C’est ironique.

Péri ocytocyne, contractions. La journée s’enchaîne. On rompt ma poche des eaux. Mon cerveau comprend que c’est la fin de NOUS. J’ai mal. J’ai peur. Je suis une bête ravagée par la douleur à l’intérieur et à l’extérieur. La poussée arrive. Il s’engage.Il me quitte. Il m’abandonne.

Plus rien ne va ! On appelle en renfort une équipe. Puis une autre. Ils sont au fond de moi . J’ai mal. J’ai froid. Je vois mal. Il y a cette petite tête coincée. Il y a la DOULEUR. Celle qui me possède. Celle qui m’achève. Il y a le sang aussi rouge que les visages sont blancs. Il y a les yeux de mon mari.Je n’oublierai jamais ses yeux. Ceux de la peur, de l’amour.

Il est presque minuit. On est encore le 26. Je suis passée au bloc. Il est né, mort in utero. Mon Augustin Ange Aimé, mon petit miracle.

27 – Juillet

J’ouvre les yeux, le soleil ma caresse le visage. Je n’arrive pas à respirer. Pourquoi, je ne peux pas prendre de grande inspiration? J’ai un tube dans ma gorge J’ai mal. Je souffre. Où suis-je? Où est mon fils? Où est mon mari? Pourquoi?

Nous sommes le 27 juillet 2018, ma vie d’après commence.

Je suis sortie de ma bulle. J’ai quitté l »innocence à 40 ans, écrasée par une monstruosité qu’on appelle Violences Obstétricales, dépossédée de ma vie par le deuil périnatal. Il me manque à en crever.

24/26 entre deux mondes pour la vie…

Demain est un autre jour, celui de ton anniverciel.

Je t’aime mon Sunshine, plus que les étoiles dans le ciel.

Edit : je corrige doucement les coquilles et autres fautes d’orthographe. J’ai écrit cet article en ONESHOT. C’est à dire d’un trait. Je n’ai pas relu. Je suis désolée si j’ai fait, je cite « saigner » vos yeux.

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